Check-list quand on quitte son pays - suite

Du départ à l'installation dans un nouveau pays

Par Françoise Falisse

Vivre le changement

S’expatrier signifie bien plus qu’emmener ses bagages, fermer sa porte à clé, prendre un avion et atterrir dans un nouveau lieu pour démarrer une nouvelle fonction le lendemain. Bien que certains managers entament effectivement leur carrière à l’étranger presque aussi précipitamment, comprendre et s’adapter au nouvel environnement s’effectueront à un autre rythme. L’acquisition, assez rapide, de nouvelles compétences techniques et la compréhension de nouvelles données factuelles sont souvent ralenties par une certaine résistance au changement ou pour le moins par un besoin de temps d’adaptation au nouvel environnement.

Le changement est un processus itératif avec ses hauts et ses bas, ses allers et ses retours en passant par la résistance au changement à l’acceptation d’une nouvelle situation, le temps d’adaptation est tributaire de l’expérience et de la vision de la vie de chacun. Le processus de changement se caractérise globalement ici par trois principales étapes : la phase de pré-décision, la phase de préparation et la phase de déménagement-installation.

Phase préliminaire à la décision

La première phase anticipe le changement, en équilibre entre une vie assez stable dans un contexte connu (mais parfois insatisfaisant) et la perspective d’une situation nouvelle et inconnue potentiellement source d’évolution pour l’expatrié/e (et sa famille). Vous savez ce que vous avez, vous ne savez pas quoi attendre dans ce pays ; vous en avez des attentes professionnelles, personnelles et matérielles mais vous ne savez pas si elles seront comblées dans ce pays. Les doutes, l’incertitude et les espoirs vous envahissent pendant cette période d’analyse.

Conseils pour une décision réfléchie

  • Glaner de l’information de diverses sources à propos de l’emploi, du pays, des circonstances de vie et de travail
  • Impliquer votre époux/épouse autant que vos enfants (en fonction de leur âge) dans cette décision que ce soit pour un départ en base célibataire ou en famille : expliquer, argumenter les motivations mais aussi écouter leurs opinions et sentiments, leur permettre de s’exprimer librement
  • Faire confiance à son intuition, l’offre d’emploi n’a pas surgi par hasard ; un processus de changement peut s’être enclenché dans votre esprit depuis quelque temps bien que vous n’en soyez pas réellement conscient
  • Considérer l’opportunité sur un plan objectif et affectif

Phase de préparation

Une fois que vous avez pris la décision de quitter votre pays pour plusieurs années, que vous avez signé le contrat, et qu’une date de départ a été fixée, vous êtes un pas plus loin dans l’acceptation du changement, un décompte est enclenché. Oscillant entre soulagement, inquiétude et enthousiasme, vous vous préparez maintenant pour l’inconnu et prenez conscience qu’une page est en train de se tourner. Tout le monde ne réagit pas de la même manière face à un départ : en tant que premier(s) acteur(s) de la décision, vous pouvez accepter le changement plus facilement que vos enfants, vos parents ou vos amis qui peuvent réagir de manière très émotionnelle avec des niveaux de compréhension très différents à l’égard de votre expatriation.

D’une part, quitter son pays peut favoriser le développement personnel et professionnel, une manière d’élargir votre champ de vision et celui de votre famille et d’autre part, quitter son pays peut aussi être considéré comme une épreuve très déstabilisante.

Certaines personnes seront très soutenantes et leurs arguments positifs vous rendront confiants dans votre décision tandis que les arguments contre votre départ exprimeront souvent la méfiance, la tristesse ou la crainte. Il s’agit là de signes décourageants à un moment où vous souhaiteriez davantage de soutien pour vivre cette période sereinement.

Accepter le changement est aussi grandement lié à votre culture nationale, votre éducation, vos motivations et vos valeurs, votre expérience professionnelle et de vie.

Conseils pour une préparation efficace

  • Entourez-vous de personnes avec un état d’esprit positif mais acceptez que tout le monde n’adhère pas à votre projet. Quitter son pays ne laisse personne indifférent à fortiori lorsque vous êtes originaire d’un pays très attaché à la stabilité sur le long terme et globalement réticent au changement.
  • Etablissez un planning et listez les différentes tâches dans les différents domaines (par ex. : l’école, le travail, le déménagement, la maison,…) afin d’éviter d’être pris de court et de vous retrouver mis sous pression (ce qui sera de toute façon le cas une fois sur place …)
  • Assurez-vous que votre départ ne constitue pas une fuite car cet état d’esprit est négatif et l’effet boomerang n’en est que plus grand après quelque temps. Relativisez votre départ.
  • Consacrez du temps à ceux que vous aimez et écoutez-les. Exprimez-leur vos émotions, soient-elles positives ou négatives, car elles peuvent, à leur tour, les aider à mieux accepter peu à peu le fait que vous allez vivre à distance.

Phase de déménagement et d'installation

Les trois premiers mois qui suivent votre arrivée dans le nouveau pays requièrent une attitude positive pour vous aider à tenir le coup et prendre vos marques pendant cette période épuisante.  Le changement en cours se meut alors en un processus créatif : votre énergie se concentre pleinement sur l’apprentissage, la compréhension et l’intégration dans le nouvel environnement. Il y a tant de nouveaux visages, de choses à découvrir, prendre ses marques dans un nouveau lieu constitue une activité très énergivore.

Cependant, entre trois à six mois après votre arrivée, l’enthousiasme lié au déménagement et à l’installation est retombé, la découverte de tous les aspects liés à votre nouvelle vie fait alors place à une période plus « dépressive ». Vous vous sentez fatigué, en mal d’énergie, découragé et même parfois vous ressentez une forme d’agressivité à l’égard des autochtones. Le changement traverse un stade de régression et votre manque d’énergie positive laisse la porte ouverte à la remise en question de vos choix ; il est temps de faire une pause et de prendre distance par rapport au quotidien. L’acceptation et l’intégration du changement ne sont jamais définitives et sont régulièrement soumises à la remise en question personnelle.  

Conseils pour une créativité durable

 

  • Prenez du temps pour vous reposer et socialiser car le rythme de travail des expatriés est généralement très intense, ils travaillent souvent beaucoup. Vous aurez ainsi besoin de garder la tête hors de l’eau pour y puiser de l’air frais. Chacun à sa manière : sport, réunions entre amis, visites du pays,…
  • Ne vous forcez pas à vous faire des amis trop vite si le seul but est de les considérer comme un moyen de survie dans une nouvelle jungle des temps modernes. Cependant, des expatriés plus accoutumés au pays peuvent vous être d’une aide vraiment précieuse au quotidien grâce à leurs connaissances pratiques et leur lecture des mentalités locales. Les associations d’expatriés sont aussi très habituées à accueillir des nouveaux arrivants. 
  • Libérez-vous l’esprit et acceptez le choc culturel, donnez du temps au temps, du temps pour comprendre, du temps pour vous adapter, du temps pour communiquer correctement avec les autochtones et du temps pour vous accomplir dans votre fonction. Demandez une formation adéquate auprès de votre entreprise car plus vous serez adapté à l’environnement et mieux vous serez formé, au plus stable, motivé et efficace vous aurez des chances d’être.
    Plus le pays d’origine et le pays d’accueil sont distants culturellement, plus grand sera le choc culturel !
  • Acceptez qu’il y aura des hauts et des bas, cela fait partie du processus du changement et recherchez du soutien auprès de votre famille ou auprès d’amis où qu’ils vivent.

S'adapter

La rapidité, la facilité et la souplesse avec laquelles vous vous adapterez dépendent fortement de votre expérience personnelle, professionnelle et de votre tempérament.

Quelques lignes directrices :

Recherche de logement

Certaines sociétés s’en sont déjà chargées avant l’arrivée de l’expatrié dans le pays étranger, d’autres allouent un budget annuel à leurs expatriés pour le logement (incluant la location, les charges et le mobilier) et les laissent rechercher l’appartement ou la maison qui leur convient le mieux. Tout dépend de la politique de la société et du marché de l’immobilier local.

Prise de poste

Suivant la culture d’entreprise, beaucoup d’entreprises réalisent la nécessité de développer la conscience de leurs expatriés aux relations multiculturelles et leurs compétences dans ce domaine, qui est qui et comment faire avec qui. L’intégration culturelle efficace devient un facteur déterminant du succès des cadres expatriés dans leurs missions à l’étranger.

Il reste cependant très courant d’observer que des entreprises organisent principalement des formations traitant des aspects techniques et factuels (hard skills) de la fonction que le management des Ressources Humaines estime essentiellement utile aux managers expatriés pour accomplir pleinement leur mission sur place. Ils se concentrent ainsi davantage sur le quoi, comment l’atteindre, quels outils techniques, combien et quand (par ex. : gestion du système IT, modèle de gestion intégrée, gestion de projet, …).

Prise de contact avec le personnel local

Etablir des relations positives dès les premiers jours constitue un très bon point de départ étant donné que les gens gardent en mémoire la première impression que vous leur laissez. Construire la confiance constitue ensuite une base pour un travail efficace avec l’équipe locale ou multiculturelle.

Ne jamais oublier qu’un expatrié est un étranger dans le pays d’accueil! Vous pouvez, par exemple, leur apporter vos compétences spécifiques utiles pour former du personnel local, ils vous montreront de leur côté leur « expertise » par le fait qu’ils sont parfaitement adaptés à leur environnement.

Les deux parties ont besoin d’apprendre l’une de l’autre et de collaborer pour créer une synergie. Un changement d’attitude est en jeu pour ceux qui souhaitent établir de bonnes relations. Plus la culture de l’expatrié (et de son entreprise) est distante de celle du pays d’accueil, plus long et ardu peut être le chemin pour relier les deux modes de communication. Bien sûr, tout dépend de l’état d’esprit de tout un chacun et il s’agit là d’une attitude très personnelle.

Certificat de résidence et permis de travail

La plupart des multinationales ont un département qui se charge pour les expatriés d’introduire la demande du certificat de résidence et le permis de travail/visa auprès de l’ambassade du pays étranger avant le départ de l’expatrié. Cela peut prendre du temps (minimum deux semaines). L’expatrié peut aussi être amené à s’occuper lui-même de cette procédure. 

Intégration scolaire

  • Bien que la plupart des écoles internationales soient accoutumées à accueillir des étudiants du monde entier et à tout moment de l’année, la sociabilité et la volonté de s’adapter constituent néanmoins des facteurs clés de l’intégration des enfants dans leur nouvelle école.
  • Un autre défi auquel ils doivent faire face est la langue d’apprentissage. Les enfants ont besoin du soutien de leurs parents spécialement au cours des premiers mois.
  • Les mamans à l’expatriation peuvent souvent consacrer plus de temps que les papas par le simple fait que la plupart des femmes expatriées travaillent souvent moins ou pas du tout et les femmes managers sont moins souvent envoyées pour des missions de longue durée à l’étranger que leurs collègues masculins. Cela réside en partie dans le fait que les femmes occupant des positions managériales sont souvent moins bien acceptées par le personnel local dans les pays émergents.  
  • L’adhésion au sein de la famille ne constitue pas un fait acquis, cela se crée et se renouvelle, d’autant plus que les enfants, d’autant plus évident lorsqu’ils deviennent adolescents, se sentent d’une manière ou d’une autre soumis à la décision de leurs parents et leurs réactions peuvent s’exprimer vivement. Les parents doivent rester ouverts et à l’écoute de leurs enfants à un moment charnière de leur développement personnel. De nombreuses circonstances peuvent influencer leurs réactions et les parents sont mis au défi de permettre à leurs enfants d’intégrer le projet, chacun peut se développer dans sa différence et à son propre rythme. Cependant, s’expatrier avec de jeunes enfants semble faciliter le départ à condition de bons services de soins de santé sur place.
  • De nombreux parents résidant dans des pays émergents décident d’envoyer leurs adolescents en pensionnat à l’étranger ou dans leur pays d’origine où ils estiment que la préparation académique sera meilleure. Leur choix reste néanmoins tributaire des écoles accessibles dans le pays et du type de formation que les parents estiment adéquate pour leurs enfants. 

Socialisation

Les expatriés apprécient souvent de rencontrer des compatriotes au sein d’associations d’expatriés, mais aussi des expatriés des quatre coins du globe. Les bonnes raisons de se rencontrer ne manquent pas: sport, réceptions, café-rencontres, groupes de volontaires engagés dans des projets humanitaires, et partage d’expériences de vie. Les nationalités rencontrées dépendent des intérêts économiques que les entreprises ont dans le pays, des ressources naturelles exploitables mais aussi de l’histoire du pays (par ex. : ancienne colonie, …).

Tout comme pour les enfants, la sociabilité, la curiosité et la volonté de s’adapter constituent des facteurs déterminants de l’adaptation dans le nouvel environnement, tout comme l’apprentissage d’une des langues nationales facilite beaucoup l’interaction avec la population locale. 

S’engager dans du volontariat représente aussi un excellent moyen de socialiser avec un groupe d’expatrié(e)s et avec des locaux engagés par le partage de valeurs communes.

Dans les pays émergents, certains expatriés peuvent parfois percevoir difficile de créer de réelles relations avec les autochtones en raison des barrières culturelles plus importantes. Des idées préconçues et des malentendus peuvent aussi enfreindre les différentes communautés dans leurs contacts réciproques.

Les expatriés recherchent une situation où ils se sentent confortables, ils ont besoin d’être rassurés et vous vous sentez généralement plus à l’aise d’exprimer vos ressentis avec vos pairs plus proches de votre culture et susceptibles de mieux vous comprendre.   

Vie dans le pays

Des expatriés plus habitués au pays vous renseigneront sur les meilleurs supermarchés, les drogueries, les cliniques et les médecins et des tas d’autres informations pratiques relatives à la vie quotidienne sur place.

En fonction du niveau de développement économique et social du pays, l’entreprise fournira des informations relatives aux centres de soins et cliniques privées auxquels elle peut affilier ses expatriés.

Néanmoins, découvrir un pays ne s’apparente pas uniquement à gérer le quotidien : se connecter à la presse et aux médias locaux, effectuer des visites touristiques, visiter des marchés locaux (parfois se faire accompagner), des musées, des galeries d’art, …

Confort sans être chez soi

Vivre à l’étranger requiert du temps et de la patience. Mettez en perspective votre vision de la vie, vous pouvez être amené à faire des choses que vous ne feriez jamais dans votre propre pays, vous pouvez même vous comporter différemment par le fait même que vous devez vous adapter dans un contexte différent.

La personnalité, les valeurs, l’éducation et l’expérience de vie influencent notre capacité à nous adapter plus ou moins facilement et l’expatriation vous met face à cette nécessité bien plus fortement que dans votre pays natal. Dans des conditions semblables de vie et de travail, certains expatriés adoreront un pays tandis que d’autres le détesteront. Dès lors, nos préférences de comportement, de pensée et d’action conditionnent fortement notre habileté à accepter certaines différences culturelles plus que d’autres. De la même manière, nos valeurs déterminent nos motivations.

 

La connaissance de soi faciliterait-elle l’adaptation dans un pays étranger et assouplirait-elle notre résistance au changement ?

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